Par rapport à la Divina commedia, la Vita nuova de Dante est largement méconnue, et sous-estimée.
Le texte est bref, portant sur une rencontre et ses conséquences sur la vie du poète. Il croise un jour Beatrice Portinari. Les émotions qu’elle lui inspire, l’idéal qu’elle semble incarner, sa beauté enfin, lui inspirent une élévation, un souffle. Un amour définitif.
Quelques rencontres. Puis la jeune femme meurt.
De ces quelques rencontres, Dante tira une inspiration créative si forte, qui le conduisit à créer la somme de la Divine Comédie, longue spirale spirituelle autant qu’historique déroulée dans le temps de la contemplation, orchestrée en Enfer, Purgatoire, et Paradis, appelant ses contemporains à l’élévation, à la paix, à la pratique active des vertus.
Face à cette création énorme, la Vita Nuova est un tout petit livre d’amour qui mélange prose et poésie, réalité et fiction. Et comme toute l’œuvre de Dante, il n’y parle que d’amour.

Je ne sais pas si Lucrezia Panciatichi et Eleonora de Tolède, dont je partage les parures, auront été aimées ainsi, à ce point. Personne ne sait d’ailleurs vraiment si Beatrice exista réellement. Mais ce qui est sûr c’est qu’il fut possible d’aimer à ce point et que des hommes comme des femmes aimèrent à ce point. Ce qui est sûr c’est que tous les artistes aimèrent à ce point, au point de trouver comment peindre les brocards à ce point, au point de composer des vers sublimes à ce point. Ce qui est sûr c’est que tous les jardiniers, les parents, les cuisiniers et les médecins devraient aimer à ce point. Nous devrions nous aimer à ce point.

Et moi je me demande, tout cet amour qui nous habite depuis des siècles, tout cet amour qui a malgré tout tenu face à toutes les guerres du monde, où est-il passé ?
Ce souffle puissant, est-il caché entre deux app ? Agonisant entre deux écrans ? Terrassé par les démons de l’avidité et de la violence ? Que ce soit l’amour de l’autre ou celui de tous les autres, où est-ii ?
Où est donc le vrai courage ? Celui qui vient du cœur, et "qui permet d’entreprendre des actions difficiles en surmontant la peur, et en affrontant le danger, la souffrance, la fatigue."
Il y a tout à faire - où sommes-nous les courageux ? Quelle langue d’amour nous remettrons-nous à parler ?
"Donne ch’avete intellecto d’amore,
io’vo’ con voi della mia donna dire,
non perch’io creda sua laude finire,
ma ragionar per isfogar la mente.
Io dico che pensando ‘l suo valore
Amor sì dolce mi fa sentire,
che s’io allora non perdessi ardire
farei parlando innamorar la gente."
Io adesse ho perso l’ardire.




