
Je n’ai pas vu la dernière version des Misérables mais je n’ai pas pu manquer la promotion lisse du film par des acteurs privilégiés sur fond de conflit social. Pour moi comme pour toute la masse de personnes qui travaillent dans l’humanitaire et l’associatif comme on dit, peu importe notre niveau de confort, l’esprit qui gouverne ce formidable roman, c’est tous les jours.
Fraternité. Solidarité. Justice sociale.
Franchement, je ne sais pas ce que j’ai à parler de mon engagement comme ça en ce moment, ni pourquoi. Mais après tout, si beaucoup se permettent sans honte à longueur d’écran des réactions sur des matchs de foot et des escarpins, pourquoi ne pas réagir à ce qui me réveille la nuit ?
"Veiller et espérer".

Je regarde cette promotion et la bande annonce de cette adaptation me demandant si, comme avec Le comte de Monte Cristo et les Trois mousquetaires, nous aurons encore droit à un saccage de combats accélérés, de sagesse à deux sous, d’artifices visibles, ou si cette fois, au-delà du divertissement, quelque chose nous élèvera un peu ?
Ici, attention, je ne suis pas une puriste et comme tout le monde j’aime le spectacle, surtout s’il est rugueux, honnête, direct. L’adaptation de Ladj Ly. J’ai en revanche du mal avec les machineries trop bien huilées. Bref, on verra bien.
Les misérables donc. Tous les jours. Ici, là, partout, encore, tous les jours.
Je pense souvent à Danièle, la maman d’une bonne amie. Elle vit à Besançon. Elle a voué sa vie à l’aide des autres. J’ai eu la chance de passer quelques jours chez elle il y a longtemps. Sa force de solidarité m’avait fait une impression qui dure encore. C’est une femme qui a vu, qui sait le visage de l’humanité.
"L’herbe était noire."
Dans cette aube, j’ai pensé à elle, j’ai pensé à Victor comme tout le monde. Ou l’acteur Robert Zucchini dit Victor Hugo tout en vivant une vie d’aujourd’hui sans importance. Les spectacles de Lucchini, je ne les ai jamais vus. Mais le levier, le coin qui dans les textes d’Hugo fait tout craquer dans nos vies, l’enchantement proche de la possession qui s’ouvre en nous, il est là dans ce film qui nous renvoie comme dans un ring dans toutes les pages sublimes de Victor.
Avec le diseur, nous sommes écartelés dans les mots qui cimentent nos vies, de Booz endormi aux textos jpp. C’est fou. Les mots sont fous et notre attachement aux pires idées au détriment de nos vies est fou. Zucchini est assis sur un banc public, entouré par ses pensées et cerné par la force des poèmes. Ou bien, le corps ramassé au-dessus d’une lampe à sel comme une Madeleine méditante de La Tour. Tout dans ce film est insignifiant, tout est un écrin au service de cette âme géniale à laquelle nous avons la chance de pouvoir encore nous renforcer.
"La liberté commence où l’ignorance finit"





Messages