Eva Wissenz
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Choses vues

Samedi 4 avril 2026, par Eva Wissenz

Carnet de bord n°7 : Choses vues

“With action comes hope”. C’est le mantra qui a accueilli des milliers de personnes pendant les 3 jours de ChangeNow à Paris.

C’est Victor Hugo qui a écrit “Choses vues”, ce sont des notes. En tant qu’écrivain, je reste à ma place et j’assume mon inspiration. Hugo donc qui vit en son temps ce que la misère produit, comment elle s’organise et en quoi elle est ignoble.

Dans ce salon tout entier voué à l’impact et au changement de paradigme, l’exposant se voit bénéficier d’1m² de sol avec 2 chaises et 1 plot minable pour la somme de 15 000 Euros. Ce qui correspond à 3 fours solaires de boulangerie installés au Kenya. Ou 6 mois de salaire moyen en Finlande. Il y avait des dizaines d’exposants. En dehors de la visibilité (mais laquelle ?) apportée à toutes leurs formidables solutions, leur présence a-t-elle changé quelque chose ? J’aimerais le croire.

J’ai aussi vu un grand techno-solutionnisme plus ou moins chaleureux. Est-ce vraiment la seule réponse maintenant que l’on sait que les crédits carbones sont un échec ? Alors oui, je sais, il y avait bien quelques ONG. Il y a toujours juste assez pour bloquer le débat. Mais il me semble néanmoins assez urgent de le débloquer vu que nous n’avons toujours pas de vision pour nous en sortir.

“With action comes hope”.

Oui, mais non. Car ce n’est pas d’espoir dont on a besoin mais de vision claire, d’une accélération de changements ancrés dans les réalités des gens. Je ne sais pas vous, ni si vous êtes dans ce “milieu” mais c’est assez affolant de voir combien il se nourrit de virtuosité et d’argent dans une déconnexion assez puissante du réel, et qui correspond trait pour trait au système si injuste qu’il faudrait changer.

Pour ce qui était de la diversité, j’ai vu en 3 jours plus de diversité de mode que de peaux. Et ça aussi, ça m’a mise mal à l’aise.

L’art étant un refuge certain, j’ai noté quelques expressions.

La plus intéressante étant la découverte de Benjamin Marquette et ses projections de villes en 2050, quand ça va possiblement être réellement l’enfer, dans 24 ans donc et qu’on n’en aura vraiment plus rien à faire des slogans de marketing. Accrochez-vous, ça pique fort. C’est Paris cramé.

A un moment, j’ai décidé de faire une pause de tout et je suis allée m’asseoir à une petite table déjà occupée par un jeune muni d’un appareil photo de pro. Après quelques instants, je lui demande :
– Est-ce que vous avez envie de discuter un peu du salon ?
Très gentiment, il me répond que : non, vraiment pas.
J’étais heureuse qu’il ne se force pas. Du coup, j’ai bouquiné, et rêvassé. En partant, il me dit :
– Pardon pour tout à l’heure, ce n’est pas du tout contre vous mais j’avais vraiment besoin d’être dans mes pensées, je ne voudrais pas vous avoir blessé.
– Je trouve votre clarté magnifique et ça m’inspire pour réagir comme ça dans d’autres situations. Soyez tranquille, je ne me suis sentie offensée de rien.

Il ne s’est rien passé du tout dans cet échange mais pourtant il m’a donné beaucoup d’espoir. Si nous arrivions à rester proches de nos besoins profonds, je pense que la transition écologique accélérerait nettement.

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