Il a dit : « J’étais heureux, dans un pays malheureux, parce que je faisais quelque chose qui me semblait juste et bien. Résister c’est ça »
Je reviens sur Edgar Morin. Il mérite mieux que toutes les notices nécrologiques qui circulent. Oui, mieux que cette litanie de "je l’ai connu", "je lui ai parlé il y a 5 minutes", "je l’ai lu en 1982".
Stop.
La rédactrice en chef d’un énorme magazine de Philosophie nous annonce qu’elle va publier son hommage, et qu’elle lui a récemment posé cette question qui la taraudait si ce Géant venait à disparaître : "qui allait nous guider si l’impensable venait à arriver ?" à savoir une victoire de l’extrême à la présidence (je site son post de mémoire, le feed l’avalé et je ne la connais pas, désolée).
Sérieusement ?
Si l’impensable venait à arriver ?
Mais dans quel monde vit-elle ?
Je suis tentée, très très très tentée de vous mettre la liste exhaustive de la tyrannie à l’œuvre sous de multiples aspects depuis août 1945 en France, en Europe, dans le monde et s’exerçant sur les humains et à peu près sur toutes formes de vie sur terre. Mais je ne vais pas le faire car on va encore me dire que je suis trop longue, trop complexe.
Voilà où mènent la vitesse, les encadrés et le culte de la mémoire vide qui paralysent la pensée critique - et donc l’action ! Je milite pour la mémoire vive, en action bon sang. Comme une écrivaine, comme une entrepreneuse, comme une jardinière quand j’ai accès à un potager partagé, comme une mère.
Figurez-vous que comme pas mal de gens dans ce monde j’ai vu les larmes, la sueur, la misère, l’horreur, la peur de tant de personnes résistant à l’oppression, à la suppression de leurs droits. Et je connaissais même un homme, un intellectuel courageux et très privilégié, qui s’est immolé par le feu face à la destruction causée par les OGM en Inde. Il l’a fait pour alerter, et par désespoir aussi.
Pour ma minuscule part, j’ai quitté l’université, les Lettres, Paris, l’art, l’édition et ma belle carrière professionnelle précisément pour fuir ces intellectuels et intellectuelles hors sol qui me donnent honte de produire des "questionnements" aussi déconnectés de la réalité. Et néfastes. Car enfin, ne sommes-nous pas capables de nous guider seuls et seules ? Sommes-nous donc privé.e.s à ce point de boussoles morales ? Je ne le crois pas une seconde !
Je suis allée planter mes carottes en Limousin, j’ai traîné mes guêtres sur pas mal de routes, j’ai écris des livres sur tout ça, et puis j’ai choisi ma fenêtre de tir sur un domaine : l’énergie, avec Lytefire. J’ai choisi l’action par l’entreprise sociale parce qu’en l’état actuel des choses c’est là que les outils me semblent les plus intéressants. Pas que là bien sûr mais là aussi.
Les résistants de salon, l’entre soi de l’impact... Mais merde à la fin !
A mon tour, j’ai été heureuse et malheureuse, dans un monde malheureux, parce que je faisais de mon chagrin et de ma colère quelque chose qui me semblait juste et bien. Résister c’est ça.
Et vous ? Comment VIVEZ-vous l’héritage de ces géants ?



