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Un cas d’amnésie : lobotomie et prix Nobel

Mercredi 23 février 2011, par Eva Wissenz

La science n’est pas une religion, n’importe qui vous le dira.

Et pourtant... Le commun des mortels (donc vous et moi) pense que le scientifique est un expert et se laisse tout naturellement impressionner par cette autorité. Pourquoi pas ? Il en est sorti de bonnes choses... mais cette Science, formidable outil de compréhension et d’avancées pour l’humanité, a aussi une face obscure qui la rend dangereuse. Pleine d’elle-même, elle avance de laboratoire en centre de recherche, portant aux humains les lumières de ses Découvertes, reflétant au monde entier le génie de ses chercheurs. Les OGM et le brevetage des plantes traditionnelles par les grands laboratoires en sont actuellement le sinistre exemple. Les épidémies de vaches folles et autres grippes animalesques aussi. Tout comme le scandale liant l’autisme à certains vaccins qui commence lentement - mais sûrement - à se faire jour. Une science qui finalement n’incarne rien d’autre que la prédation mortifère des entreprises qui la subventionnent avec le consentement tacite des États. Et nous continuons à croire...

Tout au long de cette ère industrielle qui n’en finit pas de finir, l’un de nos plus forts préjugés sera donc d’accorder systématiquement et massivement crédit à la parole scientifique uniquement parce qu’elle émane de personnes qui évoluent dans un univers que nous comprenons mal... Subjugués, comme chacun peut l’être devant n’importe quel orateur brillant et compétent, nous ne questionnons pas, nous croyons au dogme scientifique, nous n’allons pas voir ailleurs et nous nous en remettons à l’expert alors que nos vies dépendent directement de ce qu’il ou elle nous dit. Cette vie qui est peut-être la seule chose que nous possédions réellement sur terre ! Cette vie qui est notre seul outil pour agir ici-bas ! Dominant nos cerveaux, l’homme en blouse blanche nous semble avoir plus de compétences que le rebouteux qui garde sa main dans la mienne en choisissant l’herbe de la Saint Jean. L’un est adulé, l’autre moqué, et pourtant...

Un seul exemple oublié de tous. La Thalidomide prescrite aux femmes enceintes, cause de malformations des enfants et de modifications de l’ADN des descendants, retirée du marché dans les années 1960 après dix années de prescription ? Non, des mémoires portent encore cette trace, elle n’a pas disparu.

Voyons plutôt un vrai cas d’amnésie, un parmi tant d’autres. En 1949, Egas Moniz, neurologue, chercheur et homme politique portugais reçut le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur la lobotomie, censée guérir notamment la schizophrénie, l’homosexualité et autres troubles du comportement. Remise au goût du jour dans les années 1930, la pratique, dite aussi trépanation ou leucotomie, aussi barbare qu’antique a été dite "frontale" à notre époque moderne et consistait à triturer le cerveau à partir des globes oculaires en y glissant n’importe quoi, un pic à glace par exemple. Des milliers de gens furent ainsi "opérés". Et la lobotomie revint tellement à la mode qu’à la demande de son père pour en faire une fille "parfaite", la sœur de J.F.K. la subit en 1941, à l’âge de 23 ans. Rose vécut débile et cachée dans un couvent jusqu’à un âge canonique.

Passée de mode grâce au développement de la psychanalyse, de la psychologie et des médicaments, la lobotomie est aujourd’hui interdite dans de nombreux de pays (mais pas partout). De 1949 à 2011, je compte 62 ans, c’est-à-dire une vie d’homme pour un retournement aussi complet.

Mais il y a une autre amnésie dans cette amnésie : ce prix créé à l’aube de l’envol industriel et devant lequel on s’agenouille en chœur, est financé par l’héritage d’Alfred Nobel, un faiseur d’armes dont l’action se perpétue encore chez Bofors. Cette collusion entre Découverte et Destruction, entre Recherche et Intérêt, bref cette tentative si pitoyable de racheter par l’argent la responsabilité morale de la destruction perpétuelle de milliers de vies par à la plus géniale invention de Nobel : la dynamite ! Mais qui dira comment se soigne cette schizophrénie-là ? Et quelle sorte de génie célèbre cette Académie ?

Et qu’est-ce que cette science si ce n’est l’arrogance absolue de se croire toute-puissante sur le vivant, avec droit inaliénable de vie ou de mort ? Aucun scientifique réellement motivé par la beauté et la nécessité de la recherche raisonnable et honnête ne prêche de dogmes. Regardez Théodore Monod, Hubert Reeves, Francisco Varela, David Suzuki (le papa de Severn), Vandana Shiva, Gilles-Eric Seralini, Dominique Belpomme, Raul Montenegro et tant d’autres dans le monde... Au contraire, comme le font les vrais philosophes, les vrais scientifiques incitent toujours à la remise en question, à l’autonomie et à la pratique active d’un doute salutaire. Soyons humains, suivons-les !

Comme on peut le lire sur le blog de la journaliste Sylvie Simon, "Il est plus difficile de désintégrer une croyance qu’un atome." (A. Einstein) Certes, mais au train où vont les choses, tenons le pari que d’ici cent ans d’autres idées l’emporteront, des idées favorisant l’autonomie et le respect de la vie.

E.Wissenz
(Février 2011)

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