
Carnet de bord n°3 : Que dire de l’Afrique ?
Toujours à ChangeNow, je suis allée écouter la discussion de Africa for change. J’étais vraiment motivée parce que depuis quelques années déjà, le discours sur l’Afrique, et de l’Afrique sur elle-même, change. Ou disons que je l’entends.
Il change dans deux directions. L’une étant, en miroir parfait de l’Occident, de regarder le continent entier avec les yeux brillants d’avidité de la SillyCon Valley, avec toute sa rhétorique d’opportunités incroyables, d’AI, de data centres, de digitalisation et d’éco-systèmes de start-up.
C’est parti. Dead-line annoncée dès le démarrage ? 2050.
Rien que ça.
Comme nous le rappelait Al Gore à la dernière COP et François Gemenne dans un journal d’Arte, il y a autant de panneaux solaires en Belgique ou en Floride que sur tout le continent africain mais c’est certain : dans 24 ans toute l’Afrique sera un formidable exemple de durabilité. Yeah.
Pour les routards de l’impact, dont je suis, les mantras sonnent creux et les signaux d’alerte sont forts, même quand ce sont des Africains qui parlent.
Africa is a leading force for change
Africa needs development
Les mots ne sont pas faux, évidemment, mais les concepts derrière le sont, à commencer par le fait de parler de L’Afrique, soit 54 pays, des centaines de langues, des millions de gens et de réalités différentes. Tout comme l’Europe, le concept "Afrique" est un concept financier, un poids économique. Il est intéressant mais il ne peut pas monopoliser notre façon d’aborder ces questions.
Les intervenants et intervenantes ont donc tous rappelé à juste titre que l’Afrique ne contribue que par 4% aux émissions mondiales, et qu’elle a une place à prendre vu la masse énorme de ressources du continent. Je dirai même que c’est une place centrale.
Le panel notamment était vraiment intéressant, porteur d’un discours différent, le second qui se développe de plus en plus. Ou que j’entends de mieux en mieux.
Le second discours de l’Afrique, c’est celui de la vie. Point. C’est celui qui, sur le terrain, rend aux personnes leur dignité et les moyens de vivre. Celui qui protège localement les ressources et les garde-fous. Celui qui nettoie, replante, restaure, éduque, nourrit, rassure, protège la vie.
Ce sont Nassima Sadar-Gravier et Michèle Mbo-o Tchouwaou qui en ont le mieux parlé. Je connais mal la “blue economy”, la problématique des océans. Je sais que ça va mal et que c’est vital mais je ne savais que ça l’était à ce point. “Every second breath we take comes from the ocean. No blue no life, no blue no green.”
Kamal Ramburuth, de l’Institute for Economic Justice, a pointé avec une grande justesse les failles du FMI, soulignant que les règles de la finance mondiale sont injustes.
“Debt is a conversation you have with the future and the interest needs to be lower than the growth rate.”
Et ça, ça faisait du bien de l’entendre.
Merci à l’enthousiaste modératrice dont je n’ai pas noté le nom mais qui est là en photo (en bleu).




