Eva Wissenz
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Ashoka et Djambo : racines d’écologie en Inde

Samedi 18 mai 2013, par Eva Wissenz

"On peut se faire une idée des routes suivies par Djambo. A sa mort, la région des Portes du Désert compte des centaines de communautés de Vingt-Neuf, et nombre de villages se sont aussi solidement établis sur les terres des Rathores, bien plus au sud, autour de Nagore, Merta et Jodhpur. A leur habitude, les adeptes de Djambo les ont fait ressusciter. [...]

Enfin de nouveaux adeptes se sont installés tout à l’opposé, dans le centre de l’Inde, du côté de Bhopal et Sanchi, au cœur des collines et des plaines où, deux millénaires plus tôt, après une jeunesse belliqueuse et cruelle, l’empereur Ashoka avait fait sienne la doctrine de Bouddha et demandé à ses sujets de régler leur existence quotidienne sur les trois principes de respect de la vie, refus de la violence et maîtrise des passions.

Du temps de sa jeunesse errante, Djambo avait-il rencontré des ascètes encore habités par le rêve de l’empereur bouddhiste ? Des renonçants, des yogis lui en avaient-ils transmis la vieille et belle mémoire ? Il n’en a jamais parlé. Mais force est de constater que les 18e, 22e et 23e principes des Vingt-Neuf sont copiés mot pour mot sur les édits d’Ashok, lesquels restaient gravés, deux mille ans après son règne, sur des stèles et des piliers qui, du sud de l’Inde à l’Afghanistan, jalonnaient les routes caravanières. Ni les vents de sable, ni les pluies ni même les tempêtes de neige, tout là-haut, n’étaient parvenus à effacer les inscriptions où Ashoka enjoignait à ses sujets, tout comme Djambo, d’éviter toute forme de violence envers les animaux, de ne jamais les castrer, de construire dans les villages des abris où soigner et protéger les bêtes vieillissantes ou malades. Et, plus déconcertant encore, ces édits leur commandaient de creuser des puits, de protéger les forêts, de planter des arbres.

Mais justement, c’est peut-être ce fil renoué avec la sagesse oubliée qui explique l’extraordinaire ferveur qui n’a jamais cessé d’animer les Vingt-Neuf, comme l’enthousiasme qui les souda si étroitement alors même qu’ils étaient si nombreux à vivre loin de leur prophète. Pour la seconde fois dans l’histoire des hommes, on allait essayer de faire du voyage de la vie un moment d’harmonie. En étendant tout simplement à la Nature le principe de justice. Et cesser par là même de s’entre déchirer. Découvrir les chemins de la paix."

Djambo est le père fondateur de la communauté des Vingt-Neuf, les Bishnoïs du Rajasthan, que l’on qualifie d’écologistes avant l’heure.

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