Eva Wissenz
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Le grand feu

Mardi 26 août 2025, par Eva Wissenz

Je suis partie quelques jours et il me fallait un livre court, léger, je ne pouvais pas emporter celui que j’ai commencé récemment. Sur la première image, c’est l’église de San Nicolò dei Mendicoli que j’aime très particulièrement, qui n’a rien à voir avec celle de San Giovanni in Bragora, où se déroule presque toute l’intrigue de ce roman de Leonor de Recondo. Ce n’est pas une nouveauté, il date de 2023, mais je me suis rendue compte qu’il fallait parler de littérature différemment, ça fait partie des désapprentissages. L’histoire se passe à Venise.

J’adore Venise. Un ami m’y a dit il y a peu : "Si Venise est encore debout alors peut-être qu’on a une chance de s’en sortir tous." Il faisait référence au changement climatique. Je connais cette ville sur le bout des lèvres et j’adore lire des histoires qui s’y passent. Récemment, j’y ai même suivi la résidence d’écriture de Sophie Fontanel que je n’ai encore jamais lue mais ça viendra. Tout se déroule magnifiquement, l’histoire de la novice brillante, douée, œuvrant avec le prêtre roux, tout y est et c’est beau, très beau. Le feu de la création pure brûle avec une grande justesse. Le rythme est parfait. Je m’élève en lisant, je me remplis de beauté et paf, le bon gros drame amoureux avec larmes, déprime, absence, suicide, tout le truc. Mais putain de merde (on peut aimer Venise et jurer comme une charretière) qu’est-ce qu’il y a avec cette obligation du drame ou de la comédie ? Il y a la vie et parfois la vie créatrice se suffit, pas besoin d’en rajouter, pas besoin d’insister, de nouer des liens pourris, de déplacer des valises d’affects, mais est-il encore possible d’imaginer des vies innocentes ? Allez, j’ose le dire... saines ? Ou sommes-nous si définitivement flingués que nous devions mettre partout de la noirceur, du désespoir et du chagrin, ou de l’outrance ? Je ne réclame ni la joie obligatoire, ni l’optimisme musclé, ni la pudeur compassée, pas du tout, mais un peu, parfois, autre chose que le bon gros rire ou les larmes. C’est vraiment dommage parce que là, vraiment, dans les trois quarts du roman il y avait autre chose. Ce grand feu, justement.

Cette photo de Venise dans la brume est de Laure Jacquemin.

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