Eva Wissenz
  • Accueil
  • Journal
  • Livres
  • Podcasts
  • Presse
  • A Propos
  • Contact
  • Instagram Linkedin Mastodon

Le sens de l’équilibre - Tableau parisien VI

Mardi 8 novembre 2016, par Angélique Boudet, Eva Wissenz

Près de la gare de l’Est, juste avant la bouche du métro, un marchand de bonbons se réchauffe la vie en jouant de la guitare espagnole. De temps en temps, Clémence lui jette un sourire rapide qu’il attrape toujours au vol et lui rend. Elle ajuste sa toque et ne s’arrête pas. À chaque fois qu’elle s’engouffre dans le métro pour aller travailler, au sud de la ville, elle s’étonne de payer et n’en revient pas que dans un pays civilisé la liberté de circuler ne soit pas encore gratuite. Elle veut bien payer pour traverser d’autres contrées mais, enfin, pas à l’intérieur de sa propre ville tout de même ! Elle se pose lourdement sur une banquette graisseuse en écartant son col de fourrure et s’envole dans ses pensées de la veille où elle a rencontré un homme qui la trouble, que c’est bon ! Il a dans les yeux quelque chose qui veut venir, il est peintre et sait ce qui est bon à l’amour. Clémence rêve d’une étreinte. Il ne lui en inspire pas plus d’une, mais il l’inspire, et c’est déjà ça par les temps qui courent. Elle va être en retard, descend, manque son changement dans le boyau sombre à l’odeur d’urine, repart en arrière et se rassoit dans un autre wagon. Un homme monte avec son accordéon, il est couvert d’une mince pellicule de cendres qui le fige dans une expression douloureuse et, en dépit des secousses du train, il ne bouge pas, calé dans l’équilibre. À l’intérieur de l’instrument, sommeille un vieux crapaud pourpre qui grimpe parfois sur l’épaule de l’homme gris pour chanter des mélodies slaves, des airs révélant des mots qu’elle ne comprend pas mais qui la touchent. Enfin, elle descend en bout de ligne et passe le tourniquet qui l’expulse au grand jour, elle enfile ses gants et reste interdite : partout c’est un immense paysage de neige et un ours amical s’approche en flairant ses bottes tandis que l’accordéoniste s’éloigne dans un tourbillon de notes tristes. Une pancarte rose et jaune indique Sibérie en russe, en anglais et en chinois.

(c) Texte Eva Wissenz,, extrait du recueil de nouvelles "Des humains" - Photographie Angélique Boudet

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?


Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

"A new narrative of public wealth"

Very interesting talk from Timothée Parique at ChangeNow. These 16 minutes are worth of your time to get a clear picture of the new economy we need because yes, "green capitalism is a story we tell to avoid changing the system." And it’s a toxic story if I may. I loved the sharp questioning of (…)

Lire la suite

Que les derniers soient les premiers

Depuis 2008 que je travaille au croisement de l’écologie et de la justice sociale, d’abord dans l’associatif, puis dans l’entreprise sociale de l’impact avec Lytefire, qui a été créée en 2012, j’ai vu beaucoup de promesses. Notamment celle de la transition écologique douce, progressive, sans (…)

Lire la suite

La Vie Nouvelle

Par rapport à la Divina commedia, la Vita nuova de Dante est largement méconnue, et sous-estimée. Le texte est bref, portant sur une rencontre et ses conséquences sur la vie du poète. Il croise un jour Beatrice Portinari. Les émotions qu’elle lui inspire, l’idéal qu’elle semble incarner, sa (…)

Lire la suite

Choses vues

Carnet de bord n°7 : Choses vues “With action comes hope”. C’est le mantra qui a accueilli des milliers de personnes pendant les 3 jours de ChangeNow à Paris. C’est Victor Hugo qui a écrit “Choses vues”, ce sont des notes. En tant qu’écrivain, je reste à ma place et j’assume mon (…)

Lire la suite

Home Flux RSS Login