Eva Wissenz
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Souvent je me dis que c’est fou...

Lundi 24 mars 2014, par Eva Wissenz

Oui complètement fou d’avoir "tout quitté" pour écrire. Je veux dire mettre cette intuition au centre de ma vie, tout tenter d’organiser en fonction de ça, ces intuitions, écrire coûte que coûte.

Il y a une dizaine d’années, quand j’ai senti que ma place était là, j’ai reçu quelques idées très précises et je ne m’arrêterai pas tant que je ne serai pas allée au bout de ces fictions. C’est bête comme chou (quoique). Je ne crois pas à l’artiste maudite dans son coin, c’est ridicule, ce n’est plus de ce monde. Mes livres existent maintenant. Je crois au hozho, à l’art qui témoigne et à la beauté qui guérit. La force de l’imagination et la puissance des émotions, ce qu’Indiens, chercheurs, chamanes, poètes et rebouteuses savent depuis longtemps, les scientifiques s’en approchent lentement.

Parmi les mille et unes choses dont notre époque a besoin je crois à la nécessité absolue d’une création artistique occidentale recentrée sur la nature pour ré-enchanter nos imaginaires et stimuler l’empathie.

Je crois aussi au souffle, à ce presque rien de respiration qui nous fait vivants à tout instant, à cette inspiration d’où la vie nous vient. Si l’on y pense, tout langage est un souffle musical.

La nécessité aussi de sortir la langue de la banalité dans laquelle elle est engluée par excès de publicités, d’informations dé-sensibilisantes et de clichés en tous genres. Le langage est l’un de nos outils majeurs pour partager : nous sommes capables avec cet outil de produire des abysses de noirceurs, thrillers, dépressions... Pourquoi ne construisons-nous pas des cathédrales, des mandalas et des buissons de mots, des supports pour nos esprits qui nous pousseraient de nouveau vers la vie ? Et nous imagineraient que les choses puissent être concrètement autrement ?

J’écris pour faire passer des choses, d’un monde à l’autre, sur ce point de tension et d’expression, dans cet entre-deux.

Je me suis engagée là en commençant par le Tibet et le nucléaire, parce que le silence entourant ces deux sujets me semblait assourdissant. Le reste est venu ensuite.

J’écris pour essayer de réveiller, pour tenter de forger des situations, créer des personnages, aller dans des directions inédites en explorant des paysages intérieurs qui occupent si peu de place dans l’imaginaire contemporain : la recherche de la vérité, l’altruisme, l’apaisement, la non-violence, l’acceptation de la mort et de la souffrance, l’engagement, la coopération, toutes choses difficiles à vivre, difficiles à imaginer mais pas impossibles. Et puis, bien sûr, je raconte des histoires... en espérant que mes fidèles lecteurs et lectrices (merci à vous !) y prennent de temps à autre courage et appui.

En pensant aux marcheurs espagnols, je me suis sentie avec Les enfants du siècle,ce texte que j’ai porté une dizaine d’années et qui circule à présent.

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